J'aimerais vous parler de l'émotion que j'ai ressentie au Vignoble La Bauge. J'y étais accompagnée de Samy Rabbat, un excellent mentor dans le milieu, mais surtout un ami. Ce qui devait être une simple visite s'est finalement transformé en un après-midi à découvrir quelques vignobles. Et puis il y a eu La Bauge.

Quelques minutes après avoir été servis par son fils, Samy reconnaît Simon — qu'il connaît bien — en train de laver tranquillement les tables, presque incognito. Et c'est là que la visite a pris une tout autre tournure.

Vignoble La Bauge — Simon et les vignes
La Bauge — une histoire de famille ancrée dans le terroir québécois

Parce que La Bauge, c'est d'abord une histoire de famille. Et sans tout vous raconter — parce que ce serait beaucoup trop long — ce que j'ai reçu ce jour-là, c'est un partage d'une sincérité incroyable. On nous a parlé des forces découvertes dans leurs terres, mais aussi des défis rencontrés. De notre climat québécois. Des recherches, des essais, des erreurs, de l'évolution des pratiques et de cette somme d'expériences qui, tranquillement, finit par se retrouver dans une bouteille.

Tout ça raconté avec tellement d'humilité, de simplicité, de cœur et de bienveillance que j'en ai été profondément émue.

Je l'ai d'ailleurs dit à Simon en dégustant son Frontenac gris vinifié à la manière d'un vin jaune : j'ai vécu de grandes émotions en France en dégustant des Bâtard-Montrachet hors de prix… mais ce jour-là, j'en ai vécu une complètement différente.

Vignoble La Bauge — dégustation Vignoble La Bauge — chai et vignes

Parce que Simon n'est pas seulement vigneron. Il est aussi demeuré éleveur de bovins, notamment de ces magnifiques Galloway ceinturées, reconnaissables à leur grande bande blanche. Et ça, forcément, ça vient me chercher — c'est tout près de mes propres racines agricoles. J'avais devant moi un agriculteur soucieux de ses pratiques, de son impact sur l'avenir et animé par cette envie de faire mieux, toujours mieux.

Un homme qui n'a pas remplacé une passion par une autre, mais qui semble plutôt avoir additionné les expériences, les apprentissages et les avenues. L'élevage, la vigne, le chai, la biodiversité — tout semble se parler.

Ce qui m'a également marquée chez Simon, c'est sa maturité émotionnelle et humaine, qu'on sent transmise à ses garçons qui suivent aujourd'hui ses traces. Sa façon de parler autant de ses réussites que de ses défis, avec recul, humilité et sans prétention, est remarquable. Et voir cette relève familiale évoluer à ses côtés ajoute, pour moi, quelque chose de particulièrement beau à l'histoire.

Vignoble La Bauge — biodiversité et vignes
Adapter les vignes, intégrer les moutons, travailler la complantation — une grande roue de biodiversité

Puis les idées fusent. Adapter les vignes pour réussir à y intégrer les moutons dans cette grande roue de biodiversité. Faire une place aux hirondelles. Travailler la complantation. Observer, essayer, ajuster, recommencer. Et les projets continuent — la boutique, les réceptions, les nouvelles idées — jusque dans le chai, où d'anciens réservoirs à lait en inox sont réutilisés pour le vin. Native moi-même du monde de la ferme laitière, vous comprendrez que ça m'a particulièrement parlé.

J'ai aimé en apprendre davantage sur cet homme aux mille et une avenues, capable de regarder derrière lui pour apprendre, autour de lui pour observer et devant lui pour continuer d'imaginer. Et tout ça à seulement 2 h 30 de chez moi.

J'ai voyagé en Italie, au Portugal, en Suisse et en France pour découvrir des vins et des terroirs… et tout à coup, j'ai eu l'impression d'avoir longtemps cherché très loin quelque chose que nous avions aussi, juste ici.

Cette journée-là, quelque chose m'a réellement touchée. J'ai eu tout à coup cette drôle d'impression d'être passée longtemps à côté de quelque chose qui était pourtant tout près de moi. Et c'est exactement ce qui me donne envie de vous partager ces rencontres.

Aujourd'hui, les vins dont je vous parle, je les achète. Je paie mes déplacements et je vais rencontrer ces producteurs simplement parce que j'ai soif d'apprendre… et surtout parce que j'ai envie de vous donner, à votre tour, le goût de les découvrir. Parce que ces vins-là ne bénéficient pas toujours d'une grosse machine pour les promouvoir. Derrière eux, il y a des vignerons, des familles et des représentants passionnés qui travaillent chaque jour à mettre ces bouteilles sur nos tables.

Alors allez manger local. Demandez les vins d'ici. Goûtez-les. Posez des questions. Ouvrez vos papilles, mais ouvrez aussi votre esprit à ceux qui essaient, qui se trompent, qui apprennent, qui recommencent et qui travaillent chaque jour à faire mieux avec ce que notre territoire leur offre.

Parce que le Québec est en train de changer. Et je pense sincèrement qu'il change pour le mieux. Plus je rencontre ces gens, plus j'ai envie de continuer à raconter leurs histoires. Parce qu'au fond, derrière le vin, ce qui m'émeut le plus souvent… ce n'est pas seulement ce qu'il y a dans mon verre. C'est l'humain, son histoire et tout le vivant qu'il a choisi de respecter pour réussir à l'y mettre.